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HelloCoton

mercredi 10 juin 2015

Le mal d'un pays que je ne connais pas [La force de l'héritage]

Je souhaiterais partager avec vous aujourd'hui, une considération qui m'habite depuis longtemps et qui est étroitement liée à mon histoire familiale. Mais ce partage, je voudrais vous proposer de le vivre également comme une expérience des sens, en lisant cet article en musique. Aussi je vous invite, si vous le pouvez, à mettre en route la piste que vous trouverez juste en dessous avant de vous lancer dans le récit. Qui sait, peut-être ressentirez-vous encore plus fort ce que j'essayerai de vous faire partager...








Aujourd'hui je voudrais vous parler de ce feu qui brûle dans mon coeur, de cette terre qui plus que les autres me manque sans que je ne la connaisse. De celle, peut être, qui fait de mon envie de voyager une force si puissante, une obsession, une quête.

Mais pour évoquer cela, un petit retour sur mes origines est nécessaire.

Melting Pot

Je suis le fruit d'un riche mélange migratoire. Aussi loin que nous puissions remonter dans notre arbre généalogique, du côté de mon père, chaque génération venait d'un pays différent. La constante ? La méditerranée. Espagne, Corse, Italie, Malte et puis... l'Algérie...

Et c'est là que tout le monde a fini par se retrouver. Là que mon arrière grand-père a rencontré mon arrière grand-mère. Un nom bien français dû à un abandon à la naissance cachant un magnifique visage typé et mutin. Et comme si nous en doutions encore, un héritage unique : des yeux kabyles.

Moi qui ait rêvé si souvent de vivre en bord de mer, pas n'importe quelle mer, la Mer Méditerranée bien sûr ! "Ma mère" ! J'oublie parfois que mon père a eu cette chance pendant quelques années, en Algérie. Et puis la guerre, la fuite en France, le chambardement, tout reconstruire, repartir à zéro...

Ma mère de son côté est une bella regazza made in Italia ! Des générations de ritals fiers et joyeux dignes d'un film ! Les pâtes fraîches le dimanche matin, les pizzas inégalables et une force de vie incroyable... Et puis l'après-guerre, la difficulté de trouver du travail pour un maçon dans le sud de l'Italie, l'expatriation en France (à 3 semaines près, l'Australie), tout reconstruire...

Et un jour, me voilà ! Des yeux kabyles, des cheveux noirs bouclés, la joie de vivre méditerranéenne et l'impulsivité qui va avec aussi ! Et puis ce vide... ce vide dans mon coeur... ma terre perdue... ma méditerranée. Ce sentiment parfois d'être entre deux mondes, implantée dans un pays qui n'a pas vu naître mes ancêtres et dont je fais pourtant partie. Un pays que j'aime, sans pourtant partager toutes ses traditions.

Chez moi, les samedis après-midi au goûter on mangeait des makrout (gâteaux algériens), le dimanche des pâtes aux fours et à Pâques mes grands-parents paternels faisaient le couscous ! Tout ce folklore a toujours fait partie de ma vie... Mais ce n'est pas assez.

Comme une mélancolie rituelle, comme une mélodie qui trotterait dans un coin de ma tête, l'Algérie toujours revient dans mes pensées, elle qui semble si inaccessible, elle qui est la part la plus douloureuse de mon histoire familiale.

La quête

Il m'a fallut de nombreuses années pour réaliser que ce goût du voyage et ce besoin absolument vital de partir, encore et toujours plus était étroitement lié à cet héritage.

En voyage, je veux toujours faire corps avec le lieu où je me trouve. En voyage je suis en quête, je le sais, d'une terre où m'établir. Gène nomade, mémoire familiale, appelez ça comme vous voulez, je vis avec...

Et pourtant, malgré toutes les terres que j'ai déjà eu la chance de parcourir, je ne suis pas certaine d'avoir vécu plus grande émotion qu'un soir, en Andalousie. Vous voyez, j'écris ces mots et déjà les larmes me montent aux yeux !

Une fin de journée où le ciel clair m'a laissé apercevoir les côtes africaines à quelques dizaines de kilomètres... seule la Mer nous séparait, je la touchais du bout des doigts mon Algérie...

Annaba...
Vu d'ici la solution doit vous paraître simple, pourquoi ne pas y aller ? Oui pourquoi ? Sans doute parce que l'Algérie n'est pas forcément l'endroit le plus facile où voyager ces derniers temps. Il y a de ça environ deux ans, j'avais entrevu un espoir mais j'ai depuis revu mes ambitions à la baisse... Bien que téméraire, je ne suis pas prête à partir n'importe comment non plus... Pour autant je ne désespère pas d'y aller un jour et de découvrir les rues d'Annaba où mon père jouait enfant. Non ! Je ne désespère pas de fouler la terre sans laquelle je n'existerais pas.

Un point d'ancrage...

J'entrevois cependant progressivement la "guérison" de ce vide depuis que j'ai donné la vie. Est-il ancrage plus fort que celui d'un enfant ? Enceinte, je me suis souvent interrogée sur ce qu'il resterait à mon fils de cet héritage, de tout cet incroyable melting pot. D'autant plus que venait s'ajouter aussi l'histoire de son père...

Plus qu'interrogée en fait, cela m'a inquiétée. J'avais peur qu'il ne sache pas, peur de ne pas parvenir à transmettre un peu de tout cela et qu'il finisse par ignorer d'où il venait.

Mais étrangement, depuis son arrivée, c'est un profond sentiment d'être enfin totalement chez moi qui m'habite. Il ne m'a jamais paru aussi naturel de vivre là où je vis actuellement et il serait, à vrai dire, bien difficile de m'en faire partir.

Dans le même temps, lorsque j'écoute avec Elliot de la musique orientale, ce qui arrive fréquemment, je suis ébahie de voir à quel point il réagit de manière particulière, comme si une partie de lui reconnaissait ces notes.

Et comme un petit coup de pouce du destin, peut-être, ou comme le cycle inexorable de la vie , mon fils, de son regard si perçant, me regarde avec ses yeux, avec mes yeux, avec ceux de mon père... avec nos yeux kabyles...


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3 commentaires:

  1. Très beau Récit et très émouvant. Rien ne s'arrête vraiment. La musique est de circonstance
    Bravo. Bruna

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  2. Salut Charlène,
    Waouh c'est dingue... je suis "choquée" par ton article...D'une part parce que je vous ai suivi tout le long de votre TDM et je n'ai jamais "compris" que tu été issue d'un métissage... D'autre part parce que je comprends tout à fait ce que tu écris.
    Contrairement à toi, j'ai toujours compris que le virus du voyage je l'avais eu à la maison:
    car je suis comme toi, un petit melting pot. Ma mère est portugaise, mon père Algérien. J'ai toujours connu le Portugal. Mon père ne parlait jamais de l'Algérie, ou très peu. J'étais curieuse, mais s'il n'en parlait pas plus que ça, je n'en ressentais pas plus le besoin que ça.
    Et puis, il nous a quitté.... Et là, tout a changé. J'ai commencer à ressentir un besoin immense d'y aller. De voir, de connaitre. Là ou il avait vécu. Je m'en suis voulu de ne pas avoir poser plus de question que ça...Finalement je ne savais rien.... Je l'ai très mal vécu. Je me sentais vide et incomplète...
    Je sais que c'était dur pour lui...La guerre, la déserter, fuir en France en y laissant sa famille. Ne pas pouvoir y retourner. Mais j'aurais du poser les questions que j'avais en tête. Alors profites en. Même si tu n'y va pas tout de suite, au moins tu combleras un vide c'est sûr...
    Et je trouve ça super pour ton enfant. Tu as raison...Je ferais pareil avec les miens un jour. Tu n'a pas honte de tes origines, alors tu pourra lui transmettre ses racines...
    J'aurais préféré ne pas y à aller "à cause" de son décès... Mais en y allant j'ai pu combler un peu ce vide... J'espère que tu iras un jour, sincèrement... :)

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  3. Quel beau témoignage ! Je partage cette conception que les voyages sont plus qu'une escapade, mais un réel héritage <3

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