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HelloCoton

mardi 17 novembre 2015

Trouver la lumière dans l'obscurité, donner du sens à l'absurdité... #NousSommesUnis

Aujourd'hui, je ne vois pas d'autre solution que de prendre la parole. Un besoin, un besoin féroce de mettre des mots, de réfléchir, de trouver un sens à tout ça...

Paris, la France... une ville et un pays avec lesquelles j'entretiens une relation plus qu'ambigüe depuis longtemps. Paris que je maudis parfois parce que les parisiens se prennent pour les seuls français du pays, parce qu'ils m'agacent à nommer province tout ce qui n'est pas eux, parce qu'ils sont hautains et qu'ils ont un accent snob... mais tout ça, au final c'est une broutille. Parce que dans le fond, Paris c'est aussi mon pays, parce que dans le fond, les parisiens ce sont aussi mes amis, natifs ou assimilés, les nouveaux comme les plus vieux. Parce que vendredi soir, quand j'ai appris ce qu'il se passait, mon coeur s'est arrêté, mes larmes n'ont pas fait de distinction, c'est mon pays, mon identité, mon mode de vie qui ont été attaqués et avec eux des gens, des êtres humains dont certains auraient pu être nos potes.

Un vendredi soir... un vendredi soir merde ! Un soir de fête...

Une réaction massive pour un évènement ahurissant

Alors je sais oui, il y a beaucoup de pays dans le monde qui subissent ça tous les jours, il y en a des jeunesses fauchées par des barbares sans âme, des fous furieux. Et j'ai écouté avec attention les remarques de ceux qui s'insurgent face à cet élan de solidarité, de ceux qui se demandent pourquoi on ne fait pas pareil pour le Liban, la Turquie, pourquoi nous n'arborons pas les drapeaux de la Russie ou de la Tunisie sur nos comptes Facebook à chaque attentat, à chaque malheur...

Je crois que chacun a une façon très personnelle de gérer la violence et la misère qui nous parviennent chaque jour. Personnellement, si je ne montre pas mon désarroi en permanence, je n'en suis pas moins touchée et je pleure parfois devant les informations. De la même manière, nous avons souvent été désemparés avec Nicolas lors de nos voyages. Au Myanmar par exemple, nous n'étions pas préparés à la misère qu'il nous a été donnée de voir.

Pour autant, il me semble qu'il est tout à fait humain d'éprouver une émotion différente, voire plus forte pour une chose qui se produit chez soi. De la même manière, il ne faut pas voir une quelconque folie nationaliste dans ce drapeau bleu blanc rouge arboré sur les réseaux sociaux (pour la majorité des gens en tout cas, je pense) mais un simple signe de ralliement, une façon de se dire les uns aux autres : "je suis là moi aussi, je compatis, je partage ta peine mon ami", un peu comme "Je suis Charlie" au final.

Et puis il y a pour moi autre chose. Malgré tout le malheur que représente les attentats à travers le monde, ils ont souvent lieux dans des pays connus pour être instables ou en guerre. Si cela n'enlève rien à l'atrocité des actes perpétrés, il est indéniable que dans l'inconscient collectif il y a une forme de résignation, de préparation psychologique à ces évènements. La France au contraire est un pays officiellement en paix et même si nous avons été prévenus que nous étions ciblés par le pseudo état islamique, il est évident qu'une scène de guerre s'est invitée dans un pays qui n'était pas prêt à cela. Alors forcément que le choc est grand... et forcément que la communauté internationale réagit différemment. Sans parler du rayonnement de la France à travers le monde...

Ce déferlement de drapeaux, mais aussi de messages de réconforts venus du monde entier prouve également que, malgré ce que veulent bien nous laisser entendre les « déclinistes », la France reste un phare pour bon nombre de peuples, sans doute pas une modèle économique, mais un symbole de culture et d’art de vivre.

Une génération dorée, une génération sans guerre

Nous, français, nous plaisons à critiquer notre pays, à râler, à toujours vouloir plus, mieux, autrement etc. Et le monde nous connaît pour ça. Le monde se moque de nous et nous admire pour ça. Et c'est quelque part ce qui fait aussi notre liberté. Pourtant une grande partie de ces "râleurs" est issue d'une génération sans guerre, insouciante et vivant sur des acquis pour lesquels elle n'a pas eu à combattre.

Souvent nous reprochons à notre époque, notre société voire nos élus, de ne pas avoir de perspectives, de ne plus croire en rien. Mais pourtant, quand on nous attaque, on le sent bien ce frémissement, cette rage qui nous réunit et nous rappelle que nous partageons bien des valeurs communes.

Après tout je n'ai jamais réfléchi réellement à la chance que j'avais de pouvoir aller à l'école, de sortir avec qui je voulais, de flirter, boire des bières avec les copains filles et garçons, d'avoir la liberté d'être qui je voulais, de faire le métier que je voulais, de m'habiller comme je le voulais. Tout cela va de soi. J'ai tellement de liberté que je peux même quitter mon pays si je le veux et y revenir sans qu'il ne m'en veuille. Et j'en ai profité d'ailleurs. Et chaque voyage que nous avons fait nous a un peu plus rapprochés de lui. Chaque voyage nous a un peu plus fait prendre conscience de la chance que nous avions de vivre en France.

Se responsabiliser et être fiers

Alors s'il faut trouver un sens dans tout ça, bien que ce soit difficile, s'il faut espérer tirer un peu de positif au milieu de ce marasme, j'y vois l'espoir d'une plus grande responsabilité de chacun à faire de notre pays une fierté. J'ose croire à une prise de conscience de nos générations jusque-là très (trop ?) protégées, permettant à chacun de prendre un peu plus part à la vie sociale, de moins s'en remettre aux responsables politiques pour tous nos problèmes et de réaliser que nous sommes une partie de la solution.

Quand je vois que ces tragiques évènements sont aussi l'occasion de replacer sur le devant de la scène des artistes, des philosophes, des intellectuels, je me dis qu'enfin quelque chose s'amorce, qu'enfin ils reprennent la place qu'ils se doivent d'occuper dans le débat public. Car la stagnation de notre pays est aussi dûe à cette uniformisation des propos, à cette mainmise de la politique sur tous les évènements. Alexis de Tocqueville au XIXème siècle, avait d'ailleurs déjà perçu ce danger aux Etats-Unis et l'exprimait dans De la démocratie en Amérique. Selon lui, le peuple allait de plus en plus s'en remettre aux politiques sans plus prendre véritablement part à la démocratie.

Mais ce week-end, la peine, la révolte, la rébellion et la réflexion ont appartenu à tout le monde et c'est cette énergie là qui, je pense, dois continuer de nous habiter et de nous faire grandir. Ce week-end, encore une fois, nous avons été attaqués dans nos valeurs. Si lors de Charlie les personnalités étaient connues et ciblées depuis longtemps, aujourd'hui c'est tout un chacun qui est dans la ligne de mire de ces fous furieux. Pour moi, cela signifie qu'on nous veut du mal à tous, pour moi cela signifie que nous avons tous la responsabilité de nous battre pour que notre culture, notre nation perdurent. Nos combats sont différents de ceux de nos ancêtres, du moins pour le moment. Pour nous, il s'agit de vivre, d'animer la société, de continuer à nous aimer, à nous amuser, à écouter de la musique, à créer mais aussi de ne pas tomber dans l'écueil de l'exclusion, de l'amalgame. Sans pour autant faire de notre pays un monde de tabou comme c'est malheureusement trop souvent le cas, il faut aussi mettre les mots sur les choses, arrêter d'avoir peur de parler, tout en prenant garde de ne pas sombrer dans la haine.

Je crois en mon pays multicolore, je crois en mon pays multiculturel, je crois en mon pays parce que je l'aime.

Bref mes amis, nous avons beaucoup de travail. Nous avons un pays à maintenir en vie, nous avons une identité éclectique à renforcer et surtout à assumer. Nous avons des enfants à éduquer pour qu'ils ne ressentent jamais le besoin d'aller se faire exploser au milieu des leurs. Nous avons une culture à entretenir et faire grandir encore et encore. Et surtout, surtout, nous avons plus que jamais, à nous aimer...

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